L’adoption, le 14 janvier 2025, du nouveau Code électoral par l’Assemblée nationale de la Transition marque un tournant pour le processus démocratique au Gabon. Si le texte inclut des avancées notables en matière de transparence et d’inclusivité, une disposition en particulier fait débat : la possibilité pour les magistrats, comptables publics, agents des forces de sécurité, et surtout les militaires, de se porter candidats aux élections. Une mesure transitoire qui, bien qu’innovante en apparence, va à l’encontre des conventions internationales et risque d’ouvrir la porte à des dérives aux conséquences lourdes.
Une violation flagrante des normes internationales
La participation des militaires aux élections civiles est contraire aux principes démocratiques établis par plusieurs conventions internationales, notamment les directives de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ces textes, conçus pour protéger l’indépendance des processus démocratiques, interdisent explicitement aux membres des forces armées de s’engager directement dans la politique, afin de préserver leur neutralité institutionnelle.
En effet, l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance interdit aux militaires d’exercer une influence politique directe, soulignant que leur rôle se limite à la défense et à la sécurité nationale. En permettant aux militaires de se porter candidats, même dans le cadre d’un détachement temporaire, le Gabon s’expose à des critiques et à une perte de crédibilité sur la scène internationale.
Un risque pour la neutralité des institutions
Cette disposition risque de politiser l’armée, un pilier censé rester impartial pour garantir la stabilité du pays. En autorisant les militaires à briguer des mandats électifs, le gouvernement introduit un précédent dangereux où les institutions de défense et de sécurité pourraient devenir des instruments politiques. Une telle situation fragiliserait non seulement l’État de droit, mais pourrait également entraîner des conflits d’intérêts entre obligations militaires et ambitions politiques.
Un précédent inquiétant en période de transition
Le contexte actuel de transition démocratique au Gabon exige des réformes qui consolident les bases d’une gouvernance stable et apaisée. Permettre à des militaires, figures emblématiques de l’autorité, d’intégrer directement le champ politique, va à l’encontre de cet objectif. Cette décision, bien qu’encadrée par un caractère transitoire, pourrait ouvrir une brèche difficile à refermer, créant un précédent susceptible d’être exploité à l’avenir.
La démocratie en péril
Pour que le processus électoral soit véritablement inclusif et équitable, il est impératif de respecter la séparation des rôles entre les institutions civiles et militaires. Une armée politisée est souvent synonyme de désordre institutionnel et de risques accrus de coups d’État ou d’interventions arbitraires dans les affaires civiles.
Si l’objectif est d’inclure des acteurs variés dans la vie politique, d’autres mécanismes peuvent être envisagés, tels que la mise en place de programmes d’intégration pour les retraités des forces armées ou la promotion de jeunes cadres civils.
Un recul masqué en avancée
L’adoption de ce nouveau Code électoral, bien que porteur de réformes importantes, comporte une faille majeure en autorisant les militaires à candidater. Ce choix, contre-nature pour une démocratie naissante, risque de compromettre les efforts entrepris pour renforcer l’État de droit au Gabon.
Le gouvernement doit reconsidérer cette disposition et s’aligner sur les normes internationales afin de garantir que la transition démocratique reste sur les rails. La crédibilité du processus électoral et la stabilité du pays en dépendent.
