L’échiquier politique gabonais se reconfigure à grande vitesse à l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Dernier entrant dans l’arène, Jean Rémy Yama, figure emblématique du syndicalisme et président du Parti national pour le travail et le progrès (PNTP), a annoncé sa candidature avec une ferveur qui ne laisse aucun doute sur ses intentions : mettre un terme à la perpétuation du système Bongo-PDG et s’ériger en rempart contre le “pédégisme régénéré”.

Une candidature sous le sceau de la révolte

C’est à l’issue d’une réunion du directoire provisoire du PNTP, tenue la veille, que la décision a été actée. Observant avec sidération ce qu’il qualifie de “régénération multiforme du pédégisme”, Jean Rémy Yama s’est dit prêt à affronter l’héritage du passé et ses prolongements dans le présent. Son discours d’investiture, empreint d’une solennité presque mystique, a été un véritable cri de défiance envers les forces qu’il accuse de verrouiller la transition à leur profit.

« En mon âme et conscience, devant Dieu, devant mes ancêtres, devant le peuple gabonais et devant l’Histoire, j’accepte d’être candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. »
Une déclaration qui résonne comme un serment d’intégrité, un engagement à ne jamais céder aux compromissions qui, selon lui, gangrènent la sphère politique gabonaise depuis l’avènement du multipartisme.

L’ombre du PDG et le spectre du compromis

Pour Jean Rémy Yama, le ver était dans le fruit dès le début de la transition. Il affirme que son pressentiment a été confirmé lors d’une audience accordée le 6 décembre 2024 par le Président de la Transition, Brice Oligui Nguema, au camp du NON au référendum. Ce jour-là, il aurait pris la pleine mesure des ambitions du général, qu’il accuse de vouloir s’accrocher au pouvoir “quel qu’en soit le prix” et d’être prêt à pactiser avec le PDG et le diable lui-même.

Ce constat, glaçant pour lui et ses partisans, constitue le moteur principal de sa candidature. Il s’agit, dit-il, de faire barrage à un système qui semble incapable de rompre avec les méthodes d’antan, et dont l’influence s’est réinventée sous des formes plus insidieuses.

Un candidat prêt au sacrifice ?

Dans son adresse, Jean Rémy Yama n’a pas hésité à employer des mots forts, se disant prêt à payer de sa personne pour l’idéal qu’il défend :
« Je suis prêt à être un martyr, mon intégrité est et demeure sans failles. »

Une rhétorique presque sacrificielle, qui rappelle l’ardeur des combats syndicaux qu’il a menés dans le passé. Mais dans l’arène présidentielle, les affrontements ne sont pas de la même nature. Il lui faudra transformer sa popularité contestataire en un véritable socle électoral, dans une course où les rapports de force restent largement dominés par les figures de la transition.

L’émergence de sa candidature pose une question fondamentale : Jean Rémy Yama sera-t-il l’homme du sursaut démocratique, ou celui d’un baroud d’honneur face à une machine politique déjà huilée ? Le 12 avril 2025, l’urne tranchera.

Share.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur La Gazette 241

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Exit mobile version