À mesure que la campagne électorale approche, les candidats rivalisent d’annonces spectaculaires pour séduire l’électorat. Parmi eux, Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure bien connue de la scène politique gabonaise, déroule un programme ambitieux, mêlant protection sociale généralisée, soutien massif à la jeunesse et réforme institutionnelle radicale. Mais derrière ces promesses, une question demeure : où trouvera-t-il les ressources nécessaires pour les financer ? Loin d’être un simple détail, cette interrogation expose les failles majeures d’un projet qui semble davantage relever du populisme que d’une véritable feuille de route économique.
Un “minimum jeunesse” au coût faramineux
Le « minimum jeunesse », qui prévoit d’indemniser les diplômés sans emploi à hauteur de 80 % de la bourse universitaire la première année et 60 % la seconde, représente une charge colossale pour les finances publiques.
Prenons un exemple concret :
• Si l’on considère qu’un étudiant perçoit en moyenne 70 000 FCFA de bourse par mois, cela signifie que chaque diplômé sans emploi recevra 56 000 FCFA mensuels la première année et 42 000 FCFA la seconde.
• Avec plus de 30 000 jeunes diplômés sortant chaque année du système universitaire, l’État devrait mobiliser au minimum 20 milliards de FCFA par an, sans compter le coût administratif de gestion de ce dispositif.
Or, le Gabon est déjà confronté à une masse salariale publique difficilement soutenable, avec des difficultés récurrentes pour payer ses fonctionnaires et honorer ses engagements sociaux. Où Bilie-By-Nze compte-t-il puiser ces milliards ? Aucune réponse.
Quant au « kit première entreprise » promis après trois ans de chômage, son financement reste tout aussi flou. Injecter des fonds dans l’auto-entrepreneuriat sans mécanisme de suivi ni garantie de rentabilité, c’est condamner ces sommes à une dilapidation certaine.
Un filet social universel sans budget dédié
Autre promesse phare du candidat : un « minimum universel » destiné aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. L’idée, en théorie louable, soulève encore une fois un problème fondamental : qui paiera ?
• Le Gabon compte environ 180 000 personnes âgées de plus de 60 ans. Si l’on applique une allocation mensuelle de 50 000 FCFA par bénéficiaire, la facture s’élèverait à 9 milliards de FCFA par mois, soit plus de 100 milliards par an !
• Si l’on y ajoute les personnes en situation de handicap, ce chiffre grimpe encore.
Dans un pays où les hôpitaux publics manquent de médicaments, où la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) peine à verser les pensions des retraités, une telle promesse tient davantage du mirage que d’une mesure économiquement viable.
La suppression du Sénat et du CESE : des économies illusoires
Bilie-By-Nze promet de rationaliser les dépenses publiques en supprimant plusieurs institutions jugées coûteuses, notamment le Sénat, le CESE et la Médiature de la République. Mais cette stratégie, si elle peut sembler pertinente sur le papier, n’apportera qu’une économie marginale.
• Le budget du Sénat gabonais tourne autour de 10 milliards de FCFA par an.
• Celui du CESE est encore plus modeste, et la Médiature de la République fonctionne avec des moyens limités.
Même en supprimant ces entités, on resterait loin du montant nécessaire pour financer les 200 à 300 milliards de FCFA que coûteraient ses mesures sociales chaque année.
Pire encore, en augmentant le nombre de députés de 143 à 150 et en créant 7 sièges pour la diaspora, il alourdit paradoxalement les charges de l’État, au lieu de les alléger.
Des réformes budgétaires floues et dangereuses
L’ex-premier ministre évoque aussi un contrôle rigoureux des budgets des institutions et la suppression de certains postes de pension. Mais il ne précise jamais quelles pensions seront concernées.
• Si cela vise les retraites des anciens fonctionnaires et militaires, il risque une fronde sociale immédiate.
• S’il s’attaque aux pensions des hauts dignitaires de l’ancien régime, cela ne dégagera que des économies marginales, loin des sommes nécessaires pour financer ses réformes.
Quant à son ambition de transparence et de bonne gouvernance, elle ne peut en aucun cas être une source de financement immédiate. Certes, lutter contre la corruption est essentiel, mais il est illusoire de penser qu’elle comblera les déficits abyssaux qu’engendreraient ses promesses.
Une Commission Vérité et Réconciliation… financée par qui ?
La création d’une Commission Vérité et Réconciliation, bien qu’intéressante d’un point de vue institutionnel, implique des coûts administratifs, des enquêtes, des audiences publiques et des indemnités potentielles pour certaines victimes. Or, dans un pays où l’on peine déjà à financer des infrastructures de base, cette initiative semble être une priorité mal placée.
Une fuite en avant économique
Le programme d’Alain-Claude Bilie-By-Nze repose donc sur une accumulation de mesures déconnectées des réalités budgétaires du Gabon. Il ne dit jamais :
• D’où proviendront les milliards nécessaires pour financer ses promesses.
• Quels impôts seront augmentés pour compenser ces dépenses.
• Quels secteurs seront sacrifiés pour faire place à ces nouvelles allocations.
Dans un pays où la dette publique représente plus de 60 % du PIB, où les recettes fiscales stagnent et où le climat économique reste fragile, son programme ne tient sur aucune projection budgétaire sérieuse.
Le Gabon a besoin de réformes structurelles, de diversification économique et d’investissements productifs, non de nouvelles dépenses incontrôlées qui pourraient conduire à une crise budgétaire sans précédent.
En conclusion : des promesses électoralistes sans fondement économique
L’absence totale de chiffrage précis et de mécanisme de financement clair révèle un programme conçu davantage pour séduire que pour être appliqué. Bilie-By-Nze semble croire que l’État gabonais dispose d’un trésor caché, capable d’absorber toutes ces dépenses sans conséquence.
Mais en économie, il n’y a pas de miracle : toute promesse doit être financée, et à ce jour, le candidat n’apporte aucune réponse sur la manière dont il compte concrètement honorer ses engagements.
Face à de telles incohérences, les électeurs sont en droit de se poser une question essentielle : Alain-Claude Bilie-By-Nze a-t-il un véritable projet économique ou se contente-t-il d’acheter des voix avec des promesses intenables ?
