Dans une séquence institutionnelle inédite depuis l’entrée du Gabon dans la Ve République, Brice Clotaire Oligui Nguema a pris la parole lundi devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès à Libreville pour présenter son premier discours sur l’état de la Nation. Face aux députés et sénateurs, le président de la République a voulu faire de cet exercice un moment de vérité politique, de transparence institutionnelle et de reddition des comptes. « Je me tiens devant vous ce jour pour me plier à l’obligation républicaine du discours sur l’état de la Nation », a-t-il déclaré, affirmant assumer cet exercice « sans réserve, avec humilité et responsabilité ».
Cette intervention a également été l’occasion pour le chef de l’État de revenir sur le chemin parcouru depuis le 30 août 2023. Évoquant les défis hérités de l’ancien système, il a dressé le tableau d’un pays confronté à des institutions fragilisées, à une économie désorganisée et à des services publics en difficulté. Refusant toute logique de rupture avec l’histoire nationale, Brice Oligui Nguema a néanmoins défendu la nécessité d’une refondation profonde de l’État. « Ma boussole a toujours été celle de restaurer la crédibilité de notre pays afin de rendre aux Gabonais leur dignité », a-t-il affirmé, promettant un mandat fondé sur l’action concrète plutôt que sur les « fausses promesses ».
Le président gabonais a consacré une part importante de son allocution aux réformes institutionnelles engagées depuis la Transition. Il a mis en avant l’adoption de la nouvelle Constitution, la réforme du cadre électoral ainsi que le renforcement des prérogatives parlementaires. Insistant sur la complémentarité des pouvoirs, il a rappelé que « la séparation des pouvoirs ne doit jamais signifier absence de collaboration ou de dialogue entre les institutions ». Dans un passage particulièrement remarqué, il a interpellé les parlementaires en leur demandant d’assumer pleinement leur mission de contrôle de l’action gouvernementale. « Arrêtez de duper le peuple » puis « Maintenant, faites aussi votre travail », a-t-il lancé, appelant les élus à respecter les engagements issus du Dialogue national inclusif.
Sur le front économique et social, Brice Oligui Nguema a défendu une stratégie de souveraineté économique reposant sur la transformation locale des matières premières et la diversification de l’économie nationale. « J’assume une position souveraine de transformation de nos richesses sur notre territoire », a-t-il déclaré. Le chef de l’État a également mis en avant la maîtrise de l’endettement public, la régularisation de milliers de situations administratives dans la Fonction publique, le soutien à l’emploi des jeunes et la promotion de l’entrepreneuriat. Face à la hausse du coût de la vie, il a plaidé pour le développement de la production nationale et le renforcement des infrastructures afin de réduire la dépendance du pays à certaines importations.
Enfin, le président a longuement abordé la question sensible de l’eau et de l’électricité, devenue l’une des principales préoccupations des Gabonais. Dénonçant les actes de sabotage, les branchements frauduleux et les difficultés structurelles de la SEEG, il a estimé qu’une réforme profonde du secteur était devenue indispensable. Il a confirmé sa volonté de poursuivre la séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité afin d’améliorer leur efficacité et a reconnu l’échec du programme PIAEPAL destiné à sécuriser l’approvisionnement du Grand Libreville. Au-delà de ces urgences, Brice Oligui Nguema a présenté un vaste programme d’infrastructures, de logements sociaux, de modernisation des équipements publics et de décentralisation. « Le pays est en chantier. C’est un chantier à ciel ouvert dans toutes nos neuf provinces », a-t-il affirmé, concluant sur la promesse d’un développement guidé par l’efficacité économique, la justice sociale et la confiance retrouvée entre l’État et les citoyens.
