À Libreville, le symbole d’une époque révolue tombe. Sous l’impulsion de Brice Oligui Nguema, le camp De Gaulle, autrefois vitrine de la puissance militaire française en Afrique centrale, amorce une mue historique : il devient un centre de formation sous commandement gabonais, dédié à l’autonomie stratégique nationale et régionale. Plus qu’une décision militaire, c’est un acte politique fort, un geste de rupture assumé vis-à-vis d’un passé postcolonial encore pesant.
La fin d’un cycle : de la dépendance militaire à la maîtrise stratégique
Il y a encore une décennie, près de 1 200 militaires français étaient installés au Gabon, avec leurs familles, leurs chars, leur logistique et leur statut de force tutélaire implicite. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 200, relégués à un rôle de formateurs. Ce rééquilibrage s’inscrit dans une tendance continentale : les peuples et les dirigeants africains rejettent de plus en plus la présence militaire étrangère comme outil d’influence. Oligui Nguema le comprend, l’anticipe et l’inscrit dans une stratégie claire : s’émanciper sans rompre, coopérer sans se soumettre.
En déclarant sur RFI : « Il n’y aura plus de blindés, de chars français ici à Libreville, mais il y aura des instructeurs », le président gabonais acte la fin d’une forme de tutelle militaire, pour engager son pays dans une ère nouvelle : celle de la compétence maîtrisée et partagée.
Le camp De Gaulle devient un laboratoire de souveraineté
Le changement de nom du site — désormais Académie militaire — n’est pas anodin. Il marque la volonté de reconstruire un imaginaire militaire gabonais, loin de l’ombre des casques blancs tricolores. En intégrant des structures stratégiques telles que l’École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL) et l’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (Apern), Brice Oligui Nguema donne au lieu une vocation africaine, ancrée dans les réalités du continent : gestion des conflits, lutte contre le braconnage, anticipation des menaces hybrides.
Ce repositionnement est aussi un signal envoyé à la sous-région : le Gabon ne sera plus spectateur, il sera formateur. En transformant le camp en pôle sous-régional de formation, le pays devient un acteur stratégique dans la sécurisation de l’Afrique centrale.
Une transition maîtrisée, une coopération redéfinie
Il serait simpliste d’y voir une simple réduction de la présence française. La stratégie d’Oligui Nguema est plus subtile : garder le savoir-faire, se réapproprier le pouvoir. Le colonel Jacqmin, chef du 6e BIMa, le confirme : « Tout le panel de savoir-faire des armées françaises peut être déplacé ici. » Traduction : les compétences restent disponibles, mais sous le contrôle des autorités gabonaises.
C’est là toute la finesse du projet : faire du partenariat une option, non une nécessité. Offrir aux militaires gabonais — et potentiellement à ceux d’autres États voisins — un encadrement de qualité, sans dépendance stratégique ni présence symbolique écrasante. Un modèle de transition que bien des pays africains pourraient observer de près.
Brice Oligui Nguema, stratège d’une nouvelle ère
Avec cette transformation, Brice Oligui Nguema ne se contente pas de gérer une transition politique. Il inscrit son action dans le temps long, en posant les bases d’un Gabon stratégiquement autonome, diplomatiquement rééquilibré et militairement compétent. Ce changement de paradigme n’est pas simplement logistique : il est idéologique.
Dans un monde où les conflits se complexifient et où la souveraineté devient un combat quotidien, le président gabonais fait du camp De Gaulle un symbole de reconquête. Reconquête de l’espace, du narratif, des compétences, mais surtout de la dignité nationale.
Et dans une Afrique où les peuples réclament plus de respect, plus de place et plus de liberté, cette initiative résonne comme un écho puissant. Le Gabon ne renonce pas à ses partenaires. Il leur rappelle simplement que la coopération n’a de sens que lorsqu’elle est au service d’une souveraineté affirmée.
Brice Oligui Nguema vient de donner une leçon de stratégie. Reste à savoir qui, en Afrique et en Europe, saura l’entendre.
