L’entrée d’Henri-Claude Oyima au gouvernement gabonais, en tant que ministre d’État, de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la lutte contre la vie chère, a suscité à la fois surprise et intérêt. Si cette nomination est saluée pour l’expertise technique et la stature panafricaine du patron de BGFIBank, elle fait aussi émerger une interrogation majeure : peut-il, légalement et éthiquement, conserver ses fonctions de président-directeur général de l’institution bancaire tout en exerçant des responsabilités gouvernementales aussi centrales ?
À ce jour, aucun communiqué officiel n’indique qu’Henri-Claude Oyima ait quitté la tête de BGFIBank, groupe bancaire présent dans 11 pays et acteur majeur dans l’espace CEMAC. Cette situation pose donc la question d’un possible cumul de fonctions entre le secteur public et le secteur privé, dans un domaine aussi sensible que la finance.
En tant que ministre en charge de la politique économique, de la dette publique et des participations de l’État, Oyima pourrait être amené à prendre des décisions ayant un impact direct ou indirect sur les intérêts du groupe qu’il dirige. Plusieurs observateurs soulignent ainsi un risque de conflit d’intérêt, en particulier si le ministre reste impliqué dans les décisions stratégiques ou opérationnelles de BGFIBank.
Le droit gabonais autorise-t-il une telle configuration ? En l’absence de précisions réglementaires explicites sur ce point, la question demeure ouverte. Toutefois, dans de nombreux pays, les principes de bonne gouvernance imposent une séparation nette entre la gestion publique et les intérêts privés, afin de préserver l’indépendance des décisions de l’État et la confiance des citoyens.
Henri-Claude Oyima, 68 ans, est reconnu pour avoir bâti l’un des plus puissants groupes financiers d’Afrique francophone. Il préside également la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), un autre poste influent. Son arrivée au gouvernement est donc perçue comme un signal fort de la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema d’associer des profils expérimentés à la relance économique. Mais pour beaucoup, l’efficacité d’une telle stratégie passera aussi par une clarification rapide du statut exact du PDG Oyima au sein du secteur privé.
En attendant, cette situation alimente un débat de fond sur la place des acteurs économiques dans la sphère publique, et sur la nécessaire étanchéité entre gouvernance d’entreprise et conduite des affaires de l’État. Très présent dans les décisions stratégiques au cours de la transition, certains critiques lui donnent le pouvoir d’avoir contribué financièrement à la réussite de la Transition. Cette nomination pourrait apparaître comme une récompense bien méritée.
