Le vent de la 5e République souffle sur le Gabon avec une promesse de renouveau. Mais derrière les discours d’inclusion et de rupture, une tendance interroge : les anciens candidats à l’élection présidentielle, pourtant non élus, sont peu à peu intégrés dans les arcanes du pouvoir. Simple reconnaissance républicaine ou stratégie d’absorption silencieuse ?
En l’espace d’une semaine, deux figures jusque-là considérées comme « outsiders » ont fait leur entrée dans les hautes sphères de l’État. Zenaba Chaning Gninga, seule femme candidate au scrutin présidentiel du 12 avril, a été nommée ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI/PME. Une ascension fulgurante pour une personnalité peu connue du grand public, saluée par certains comme une ouverture symbolique… mais questionnée par d’autres comme un signal politique bien calculé.
Quelques jours plus tard, Alain Simplice Boungoueres, également candidat, est propulsé conseiller spécial à la présidence de la République, en charge des travaux publics. Deux nominations, deux trajectoires, mais une seule question : à qui le tour ?
De la compétition électorale à la cooptation ?
Ce glissement progressif d’anciens prétendants vers des fonctions stratégiques réveille les interrogations sur le sens même de la compétition démocratique. S’il suffit d’être candidat pour espérer une nomination, que devient la sincérité de l’engagement politique ? L’élection ne doit-elle pas être un exercice de conviction et non un entretien déguisé pour un futur poste ?
Alors que cinq autres candidats à la présidentielle attendent encore dans l’ombre, le Gabon semble jouer une partition connue : celle du recyclage politique. Une manœuvre habile, certes, pour désamorcer la critique et élargir la base du pouvoir, mais à quel prix ? Celui, peut-être, de l’effacement progressif de l’opposition et de la dilution du pluralisme.
Inclusion ou clientélisme 2.0 ?
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, artisan de cette nouvelle transition, est désormais observé à la loupe. Chaque nomination devient un révélateur d’intention. S’agit-il d’élargir réellement le champ de la gouvernance en intégrant des profils nouveaux et engagés ? Ou d’instrumentaliser l’élection présidentielle comme une étape formelle, sans véritable enjeu, dans un processus de reconduction des élites par d’autres moyens ?
Le risque est clair : transformer la présidentielle en vitrine, puis convertir les candidats malheureux en collaborateurs dociles. Un scénario qui rappellerait fâcheusement les pratiques de l’ancien régime, maquillées cette fois sous les oripeaux du changement.
Et maintenant ?
Les prochaines semaines seront décisives. Si d’autres anciens candidats sont appelés à rejoindre le cercle du pouvoir, alors l’élection présidentielle d’avril 2025 pourrait être relue non pas comme un affrontement d’idées… mais comme une procédure d’intégration politique camouflée.
Le Gabon est-il en train d’écrire une nouvelle page de son histoire ou simplement de tourner les mêmes feuilles avec une nouvelle plume ? La réponse se dessinera nomination après nomination. Et le peuple, lui, reste en attente de véritables actes de rupture, et non de gestes cosmétiques.
