« Je vais quitter la direction de la banque dans les prochaines semaines. » Cette déclaration, faite par Henry Claude Oyima sur le plateau de TV5 Monde lors d’une interview de moins de six minutes, aurait pu passer inaperçue si elle ne révélait pas une situation aussi problématique qu’inédite : un ministre de plein exercice à la tête du tout-puissant ministère de l’Économie, des Finances, du Budget et de la Lutte contre la vie chère, qui continue pourtant de cumuler cette responsabilité avec celle de président-directeur général du groupe bancaire privé BGFI. Une anomalie institutionnelle qui dure depuis plusieurs semaines.

Un départ tardif, trop tardif ?

Il aura fallu attendre cette brève intervention médiatique pour obtenir un début de clarification. Car depuis sa nomination au gouvernement, Henry Claude Oyima semblait s’accrocher à son fauteuil de PDG, défiant la logique, l’éthique républicaine, et surtout les principes de gouvernance. Un ministre chargé de réguler la finance ne peut décemment diriger un établissement bancaire soumis à cette même régulation. C’est une évidence, mais elle semble avoir été volontairement ignorée, voire piétinée.

Un double-jeu aux lourdes conséquences

Cette situation a laissé place à une ambiguïté dangereuse pour l’image de l’État gabonais. Peut-on parler de transparence, de lutte contre les conflits d’intérêts et de bonne gouvernance quand l’un des piliers du système économique concentre autant de pouvoirs, publics et privés, entre ses mains ? Ce flou a nourri les interrogations, les soupçons et les critiques, aussi bien au Gabon qu’à l’international.

En jouant la montre, Henry Claude Oyima a mis en pause un impératif démocratique fondamental : la séparation des pouvoirs et des fonctions. Car il ne s’agit pas simplement d’une transition professionnelle ou d’un passage de témoin. Il s’agit d’un conflit d’intérêts majeur, d’un point de rupture avec la rigueur que commande la fonction publique.

Une longévité devenue encombrante

Quarante ans à la tête d’un même groupe, aussi puissant soit-il, devraient inspirer la transmission, pas l’obstination. L’homme, parfois surnommé « le ministre de l’Économie avant l’heure », a façonné BGFI à son image : centralisé, redoutablement efficace, mais aussi opaque. Son arrivée au gouvernement aurait dû marquer le début d’une nouvelle étape, pas l’éternisation d’un règne.

Une fin de règne ambiguë

Annoncer un départ « dans les prochaines semaines » sans fixer de date claire ni annoncer une succession organisée, c’est perpétuer le flou. C’est maintenir le doute. C’est donner l’impression d’un dirigeant qui ne lâche pas facilement les leviers du pouvoir. Une posture à contre-courant de ce que le Gabon nouveau prétend incarner.

Et maintenant ?

La question qui brûle les lèvres est simple : pourquoi tant de lenteur ? Pourquoi cette résistance à un départ qui aurait dû être automatique dès la prise de fonctions ministérielle ? Certains y voient une stratégie pour continuer d’influencer les choix financiers du pays à tous les niveaux. D’autres y lisent un aveu d’impossibilité à penser la banque sans Oyima. Et c’est précisément là que réside le problème.

BGFI doit se préparer à entrer dans une nouvelle ère, faite de transparence, de pluralité de talents et d’indépendance institutionnelle. Il est temps de professionnaliser la gouvernance. Il est temps que l’État donne l’exemple.

Une page à tourner, de toute urgence

Henry Claude Oyima est un bâtisseur. Mais même les bâtisseurs doivent un jour déposer la truelle. Il est désormais urgent que les autorités prennent leurs responsabilités. Le cumul des fonctions n’a que trop duré. Le Gabon ne peut plus se permettre ces zones grises. L’histoire retiendra qu’il est parti peut-être, mais trop tard. Et dans la République qu’il sert aujourd’hui, cette lenteur coûte cher, en crédibilité comme en cohérence.

Un départ clair, net et immédiat est désormais plus qu’attendu : il est impératif.

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