Il est des discours qui relèvent plus de la comédie que de l’analyse politique. Celui d’Alain Claude Bilié-By-Nzé en fait partie. L’ancien ministre, plusieurs fois aux avant-postes du régime Bongo et dernier Premier ministre d’un pouvoir renversé le 30 août 2023, se présente désormais comme un redresseur de torts. Lui, qui fut un ténor du PDG, l’un des visages et l’une des voix les plus bruyantes de la mauvaise gouvernance, accuse aujourd’hui d’autres d’incarner le mensonge et la duplicité. L’ironie est totale.
Le faux moraliste
Quand il parle de « deux mamelles du même mal », Bilié-By-Nzé oublie que lui-même a nourri ce mal pendant plus d’une décennie. C’est lui qui défendait, avec une ferveur théâtrale, des politiques iniques. C’est lui qui maquillait les échecs en victoires, et qui traitait de mauvais citoyens ceux qui osaient contester l’ordre établi. De quel droit, aujourd’hui, prétend-il démasquer ce qu’il a lui-même contribué à forger ?
L’opposant par défaut
Il faut être clair : Bilié-By-Nzé n’est pas devenu opposant par conviction. Il est devenu opposant par défaut. Si le régime n’avait pas été balayé, il continuerait à en être le défenseur le plus zélé. Sa nouvelle posture n’est pas une renaissance politique, mais une reconversion forcée. Son discours n’est pas une vérité, mais une revanche.
Le pyromane démasqué
Parler de « duplicité » et de « tromperie » est une audace qui frise le cynisme. Car s’il y a bien un acteur qui a incarné cette duplicité, c’est Alain Claude Bilié-By-Nzé. Il a été le porte-voix des mensonges d’État, l’homme des justifications bancales et des pirouettes verbales pour cacher les fractures du pays. Le pyromane ne peut pas se faire passer pour pompier.
La mémoire des Gabonais
Les Gabonais n’ont pas la mémoire courte. Ils n’ont pas oublié son rôle dans les mascarades électorales, son silence complice devant les dérives d’un pouvoir essoufflé, ses attaques contre ceux qui dénonçaient déjà les abus qu’il reconnaît aujourd’hui. Son revirement n’a rien d’un éclair de lucidité : c’est une stratégie de survie politique.
Alain Claude Bilié-By-Nzé peut bien multiplier les phrases choc, elles sonnent creux. Car derrière ses envolées, il n’y a ni sincérité ni crédibilité, seulement la frustration d’un homme rejeté par l’histoire. En vérité, s’il y a un symbole de la « duplicité » qu’il dénonce, c’est bien lui.
