Le message est clair, la méthode assumée. En recevant ce mardi à Libreville les principaux acteurs du secteur aurifère, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé sa volonté de « remettre de l’ordre » dans une filière stratégique, minée depuis des années par l’orpaillage illégal et les trafics transfrontaliers.
Une rencontre qui marque le début d’une refondation en profondeur du modèle gabonais de gestion des ressources minières.

L’or, enjeu de souveraineté

Deuxième ressource minière du pays après le manganèse, l’or gabonais est devenu le symbole d’une économie parallèle florissante. Autour de Ndjolé, Makokou ou Mitzic, des centaines de sites échappent à tout contrôle administratif. Ces exploitations illégales, souvent tenues par des réseaux étrangers, privent l’État de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA de recettes chaque année, tout en provoquant une dégradation environnementale alarmante.

Face à cette situation, le chef de l’État a haussé le ton :

« Il n’est plus acceptable que notre or enrichisse des réseaux parallèles pendant que l’État et les populations n’en voient pas les retombées », a-t-il déclaré, selon un proche du Palais du Bord de mer.

Depuis plusieurs mois, les opérations de sécurisation du territoire ont permis l’arrestation de dizaines d’orpailleurs clandestins et la saisie d’environ un milliard de francs CFA d’or brut. Mais pour Oligui Nguema, ces interventions ponctuelles ne suffisent pas : il faut changer de paradigme.

Une réforme à la fois économique et politique

Le président a annoncé une série de mesures structurantes destinées à refonder le secteur sur des bases « rigoureuses, transparentes et souveraines ». Au programme : un audit complet de la filière aurifère, la mise en place d’une surveillance satellitaire des zones d’exploitation, le retrait systématique des permis en cas d’infraction et l’interdiction stricte des activités artisanales non encadrées.

Le gouvernement devra également réduire le nombre de permis délivrés, imposer une caution bancaire aux opérateurs agréés et rendre obligatoire le raffinage local de l’or, afin de maximiser les retombées économiques. Une grille nationale de fixation des prix sera par ailleurs instaurée pour mettre fin aux fluctuations arbitraires et aux pratiques de spéculation.

Transparence et traçabilité

Autre volet majeur : la centralisation des recettes minières dans le budget de l’État, une mesure déjà évoquée en 2024 et désormais confirmée comme priorité présidentielle.
Objectif : garantir la traçabilité des flux financiers et assurer la transparence dans la gestion des ressources naturelles, longtemps entachée par la corruption et l’opacité.

Pour le géologue gabonais Jean-Philippe Ndong, cette orientation marque un tournant :

« Si elle est mise en œuvre avec la rigueur annoncée, cette réforme pourrait transformer l’or en véritable moteur de développement local, et non en simple source de rente pour des intérêts privés. »

Une bataille pour l’autorité de l’État

En plaçant le secteur aurifère au cœur de son action, Brice Clotaire Oligui Nguema poursuit son entreprise de moralisation et de restauration de l’autorité publique, amorcée dès son accession à la magistrature suprême.
Longtemps symbole d’un État impuissant face aux trafics, la filière aurifère devient désormais un test de crédibilité politique pour le chef de l’État.

Pour les observateurs, cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique : celle d’un Gabon qui entend désormais maîtriser pleinement ses richesses naturelles, en finir avec les dérives du passé et replacer la valeur nationale au cœur de son développement.

“En s’attaquant à l’orpaillage illégal, Oligui Nguema ne défend pas seulement une ressource : il défend une vision”, commente un diplomate africain à Libreville. Une vision où l’État redevient le garant des richesses du pays et le moteur d’une nouvelle ère de responsabilité économique.

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