Libreville se prépare à dérouler le tapis rouge à Emmanuel Macron, mais derrière la solennité diplomatique, c’est un rendez-vous hautement stratégique pour le général Brice Oligui Nguema. Après le verdict très médiatisé du procès de la « Young Team », qui a exposé un pillage chiffré à 4 000 milliards FCFA, le chef de la Transition joue gros : stabiliser le pays et redonner confiance aux investisseurs.
Le premier défi est financier. La transparence judiciaire, saluée par une partie de la population, inquiète toutefois les capitaux étrangers. Beaucoup redoutent que la lutte anticorruption ne débouche sur une insécurité contractuelle. Pour Oligui Nguema, l’arrivée de Macron est un moyen direct de rassurer ces partenaires en quête de certitudes.
Deuxième axe : les infrastructures sociales. Le Gabon veut se tourner vers des projets capables de transformer la vie quotidienne, loin du modèle ancien reposant sur le pétrole et les minerais. Le général attend de la France des engagements précis dans l’eau, l’énergie et le transport, secteurs dans lesquels la population exige des résultats rapides.
Mais le dossier le plus délicat concerne le contenu local. Avec la nouvelle réglementation, les entreprises étrangères doivent associer davantage les PME et les travailleurs gabonais. Cette approche, centrale dans le projet économique de la Transition, risque de bousculer certaines habitudes françaises. L’Élysée devra composer avec un paysage où la concurrence chinoise occupe déjà beaucoup de terrain.
Pour Brice Oligui Nguema, cette visite n’est ni protocolaire ni diplomatique : elle est tactique. Elle doit montrer que la rupture avec l’ancien régime ne signifie pas isolement international. Et surtout que le Gabon, après le grand nettoyage, veut attirer des investissements encadrés, structurants et beaucoup plus bénéfiques à sa population.
