Une crise diplomatique peut parfois naître d’un simple raccourci, à condition que celui-ci soit suffisamment répété pour finir par prendre l’apparence d’un fait. C’est précisément le danger qui entoure aujourd’hui l’affaire française dite des « biens mal acquis », dont certains développements sont attribués au président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema.
L’interprétation suggérée est celle d’une offensive de Libreville contre Omar-Denis Junior Bongo et Antoinette Sassou-Nguesso, épouse du président congolais. Elle se heurte toutefois à une réalité fondamentale : la procédure a été ouverte en France il y a plus de quinze ans. Elle ne saurait donc avoir été conçue par un dirigeant arrivé au pouvoir en août 2023.
La date de constitution de partie civile de l’État gabonais renforce cette contradiction. Ce statut lui a été accordé en mars 2023, plusieurs mois avant le changement de régime. Il traduit une démarche institutionnelle antérieure et ne peut être présenté, sans preuve, comme l’expression d’une volonté personnelle de Brice Oligui Nguema.
La mécanique judiciaire doit également être clairement distinguée du champ politique. Le Parquet national financier français a formulé des réquisitions, tandis que la décision d’ordonner ou non un procès appartient à des magistrats français. Ni la présidence gabonaise ni son titulaire ne disposent du pouvoir de se substituer à ces autorités judiciaires.
Aucun élément communiqué ne démontre, par ailleurs, l’existence d’une instruction présidentielle visant les personnalités citées. Lier automatiquement les actes de la justice française à une décision de Brice Oligui Nguema revient à amalgamer trois réalités différentes : l’ancienneté du dossier, la position procédurale de l’État gabonais et l’indépendance des magistrats français.
La controverse dépasse ainsi le seul terrain judiciaire. En construisant l’image d’un duel entre Libreville et Brazzaville, elle menace de transformer un dossier ancien en incident politique contemporain. Avant d’évoquer une brouille entre Brice Oligui Nguema et Denis Sassou-Nguesso, encore faudrait-il en apporter la preuve. Pour l’heure, cette confrontation semble davantage relever d’un récit fabriqué que d’une réalité diplomatique.
