En déplaçant le Conseil des ministres à Port-Gentil, Brice Clotaire Oligui Nguema a voulu déplacer avec lui le centre de gravité de l’action publique. Dans la capitale de l’Ogooué-Maritime, vendredi 18 septembre, le président gabonais a défendu une approche territorialisée du développement, estimant que l’avenir économique du pays ne pouvait être entièrement décidé depuis Libreville. La séquence a débouché sur des réformes favorables aux entreprises et sur un programme d’investissement évalué à 30 milliards de FCFA.
L’intervention présidentielle répond à une accumulation de difficultés locales : chômage des jeunes, contraction de certaines activités, insuffisance des retombées pétrolières, fuite de capitaux, dégradation urbaine et corruption. Port-Gentil demeure un pilier économique du Gabon, mais son statut historique de capitale pétrolière ne suffit plus à garantir sa prospérité. L’objectif affiché consiste donc à restaurer son attractivité tout en diversifiant progressivement son appareil productif.
Le pouvoir entend d’abord limiter les pratiques susceptibles d’asphyxier les entreprises. Les blocages de comptes liés au recouvrement fiscal devront respecter une notification préalable et ne pourront dépasser les sommes effectivement dues. En matière judiciaire, l’exécutif veut mieux encadrer les saisies, créer une consignation durant les procédures d’appel et raccourcir le délai d’examen des contestations. Cette réforme cherche à préserver les droits des créanciers sans provoquer la disparition des débiteurs économiquement viables.
La transformation matérielle de la province reposera sur un montage associant financements publics et pétroliers : 7 milliards de FCFA de l’État, 11 milliards provenant des dispositifs PID-PIH de Perenco et 12 milliards mobilisés par TotalEnergies sur cinq ans. Voiries, réseaux d’eau et d’électricité, marchés, logements, équipements sanitaires et bâtiments publics sont concernés. La réhabilitation de la Foire de Port-Gentil et la construction de l’Université Pierre-Louis Agondjo Okawé complètent cette programmation, accélérée par les festivités nationales prévues en 2028.
À cette politique s’ajoutent un recrutement temporairement facilité pour certains cadres et techniciens expatriés, en contrepartie d’un transfert de compétences, ainsi que plusieurs projets de diversification. Le futur péage de la route Port-Gentil–Omboué devra contribuer à son entretien, Maboumine pourrait exploiter les terres rares d’Ozouri et les Aciéries du Gabon ont lancé leur première production à partir de ferrailles recyclées. L’ambition est structurée ; sa crédibilité dépendra cependant de la rapidité d’adoption des textes et de l’exécution réelle des investissements.
