Le choix des autorités de transition d’opter pour Karpowership, une solution énergétique temporaire basée sur des centrales flottantes, suscite une vive controverse. Parmi les voix qui s’élèvent, celle d’Étienne Dieudonné Ngoubou, ancien ministre de l’Énergie et du Pétrole, est particulièrement tranchante : il dénonce une décision désastreuse pour l’avenir énergétique du Gabon.

Une fuite en avant énergétique ?

Dans un entretien accordé à Directinfosgabon, l’ancien ministre n’a pas mâché ses mots : « Cette solution est la pire qui soit. » Il compare cette initiative à l’arrivée d’Aggreko en 2007, suite aux délestages massifs de l’époque. À l’origine installée comme une solution de secours de 26 MW, cette entreprise est aujourd’hui montée à 104 MW, preuve que l’urgence peut vite devenir une dépendance coûteuse.

Ngoubou anticipe un scénario identique avec Karpowership, où la « solution temporaire » pourrait progressivement s’installer de manière permanente, entraînant une spirale d’engagements financiers toujours plus lourds pour l’État gabonais.

Une réponse disproportionnée à un problème structurel

L’argument central du spécialiste est implacable : les centrales flottantes de Karpowership sont conçues pour des pays en guerre ou en crise humanitaire, où les infrastructures électriques traditionnelles sont détruites ou hors service.

Or, le Gabon n’est ni en guerre, ni en proie à une catastrophe naturelle. Les coupures d’électricité que subissent les populations ne sont pas dues à des circonstances exceptionnelles, mais à une mauvaise planification et une absence de vision stratégique.

En d’autres termes, ce n’est pas une crise qui impose ce choix, mais une incapacité chronique à anticiper et à investir intelligemment dans le secteur énergétique.

Des intérêts cachés derrière cette décision ?

Ngoubou va plus loin en insinuant que cette situation pourrait être délibérément entretenue pour en tirer des profits personnels. Cette accusation sous-entend que certaines élites bénéficient directement de ces solutions d’urgence coûteuses et temporaires, au détriment d’un investissement durable dans des infrastructures solides et pérennes.

Ce n’est pas la première fois que le secteur de l’énergie au Gabon est pointé du doigt pour des décisions opaques et coûteuses. L’achat massif d’énergie à des opérateurs privés au lieu d’investir dans des infrastructures nationales soulève des questions sur les véritables motivations derrière ces choix.

Les élections d’avril 2025 : un tournant décisif

Face à cette situation, Ngoubou appelle les futures autorités élues le 12 avril 2025 à prendre leurs responsabilités. Pour lui, il est impératif de rompre avec cette logique d’urgence permanente et de structurer durablement le secteur énergétique.

L’une de ses propositions les plus radicales ? Retirer la gestion de certains secteurs économiques des mains des politiques. Une déclaration forte qui traduit une réalité : les choix énergétiques ne doivent plus être dictés par des intérêts électoralistes ou financiers, mais par une vision à long terme pour le développement du pays.

Un choix stratégique ou une erreur historique ?

L’arrivée de Karpowership pourrait bien marquer un tournant dans la politique énergétique du Gabon. Mais la question fondamentale reste : sommes-nous en train de résoudre un problème ou de créer une nouvelle dépendance ?

Si l’histoire récente du pays est un indicateur, la solution temporaire pourrait vite devenir un gouffre financier permanent, au détriment d’un développement énergétique souverain et durable. L’enjeu n’est pas seulement technique, mais profondément politique : le Gabon veut-il être maître de son énergie ou perpétuellement sous perfusion ?

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