À Libreville, Brice Oligui Nguema veut accélérer le règlement d’un vieux contentieux entre l’État et ses fournisseurs. Recevant le 10 août au Palais de la Rénovation la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), conduite par Alain Kouakoua, ainsi que plusieurs patrons de PME et de PMI, le président gabonais a annoncé la mobilisation de 51 milliards de francs CFA pour apurer une partie de la dette intérieure. Une décision présentée comme une réponse immédiate aux tensions de trésorerie qui fragilisent de nombreuses sociétés, ralentissent les chantiers et menacent parfois les emplois.
Dans le détail, 21 milliards de francs CFA doivent être réglés par le Trésor public au titre de 1 478 ordonnances de paiement couvrant la période 2022-2026. Les bénéficiaires sont notamment des entreprises actives dans le BTP, l’entretien, l’approvisionnement en carburant et les fournitures alimentaires. À cette enveloppe s’ajoutent 30 milliards de francs CFA destinés aux créances des opérateurs des filières forêt-bois et minière. Pour le pouvoir, l’enjeu dépasse le simple paiement d’arriérés : il s’agit de remettre des liquidités dans le circuit économique afin de permettre aux entreprises de reprendre leurs investissements, de maintenir leurs salariés et de poursuivre leurs activités.

Le chef de l’État a néanmoins assorti cette opération d’une exigence de contrôle. Les créances devront être régulièrement établies, auditées et validées avant tout règlement. Les entreprises dont les dossiers ne sont pas encore enregistrés ont été invitées à se rapprocher de la Task Force, de la Direction générale du Budget et du Trésor public. Brice Oligui Nguema a également demandé au gouvernement d’accélérer le traitement des créances reconnues, tout en insistant sur la rigueur et la transparence dans l’exécution des marchés publics. Une manière de concilier soutien au secteur privé et discipline dans l’utilisation des deniers publics.

Face aux dirigeants d’entreprises, le président gabonais a surtout défendu une vision dans laquelle le secteur privé doit devenir l’un des moteurs de la transformation économique. « La force d’un État, ce n’est pas l’administration. C’est le secteur privé », a-t-il affirmé, invitant les bénéficiaires des paiements à réinvestir dans leurs capacités de production et dans l’emploi. Il a également appelé les entrepreneurs nationaux à mutualiser leurs compétences pour constituer des groupes suffisamment solides pour remporter de grands marchés. Derrière les 51 milliards annoncés, le pouvoir cherche ainsi à faire émerger des entreprises gabonaises capables de peser davantage dans l’économie nationale.
